Qui bene amat bene castigat !

Publié le par Jonat

Attaque ad hominem ou critique préventive ?

Suite et complément de l'article précédent...


Les singes de la sagesseIl parait indispensable de faire une petite mise au point…
Toute critique, aussi ironique ou caricaturale qu'elle soit, doit rester dans le cadre du débat idéologique. Il est évident que l'auteur d'un ouvrage quel qu’il soit, s'attend obligatoirement à susciter des critiques. Il est donc question ici d'ébranler sa pensée et non sa personne. Car il est impensable d'écrire un livre, donner son avis, ou développer une idée, et se prétendre au-dessus de toute lecture critique. Qui que nous soyons, à l'instar de nos plus grands sages du talmud, nous sommes susceptibles d'être contredits, contestés, contrecarrés, réfutés ou même combattus (idéologiquement). L'intensité de la réaction sera à la hauteur du message porté par son adversaire (intellectuel). Le judaïsme encourage bien entendu le débat, la critique n'est pas seulement souhaitable, elle est vitale. Le Juif ne peut acquérir réellement la connaissance que s'il passe par la contradiction, le questionnement, la discussion, c'est toute la soirée de Pessah qui nous y initie, à l'image des quatre enfants de la haggadah. La liberté d'expression est un acquis pour les Juifs depuis toujours, ils en ont fait souvent les frais dans l'Histoire. C'est pourquoi il nous faut rester fidèle à cette tradition juive de dialogue et de débat contradictoire. C'est ce débat d'idée qui est essentiel à la construction intellectuelle et fait du peuple Juif sa singularité.

Le rav Bernheim n'échappe donc bien évidemment pas à ce principe. A fortiori quand sa démarche, quel que soit son degré de légitimité d’ailleurs, nous interpelle, nous ébranle et nous implique tous au plus haut point. Il est donc essentiel de s'y intéresser et d'apporter nos critiques, aussi dures soit-elles ! Il est de notre droit, si ce n'est de notre devoir, de remettre en question ce rapprochement idéologique entre deux théologies si incompatibles. Les mots sont importants, la démagogie a ses limites, et nous ne pouvons nous « défroquer » et faire preuve de faiblesse jusqu’à  faire abstraction de nos textes et de la pensée de nos sages sur le sujet, pour faire plaisir aux chrétiens. L'époque de la censure et des buchés appartiennent à un autre âge, nous ne pouvons retourner à l'époque de la renonciation pour être acceptés par l'Église. En réalité, nombreux sont ceux qui ont donné leur vie à cette époque pour défendre leur idéologie sans la déformer d'un iota.

Il y a vraiment tellement à faire au sein du peuple juif en général et de la communauté juive française en particulier, pour n'avoir pas besoin de « discuter avec nos frères chrétiens ». Les Juifs attendent de leurs rabbins le débat idéologique qui va les aider à mieux comprendre leur judaïsme. Cette discussion doit se faire entre Juifs, et c'est ce qu'ils attendent de leur Grand-rabbin. Pour ce qui est des autres : nous pouvons très bien vivre - comme nous l'avons toujours fait d'ailleurs - au sein des nations, chrétiennes ou musulmanes, sans avoir besoin de nous identifier à leurs valeurs.

L'objet de mon précédent billet – si dérangeant soit-il – a pour but d'émouvoir pour mieux s'interroger sur la démarche du concerné et sur ses propos. Il est une invitation à lire et étudier comme il se doit l'analyse du rav Brand, pour se faire sa propre opinion avec tous les éléments et considérations intellectuelles et philosophiques qui nous manqueraient sur le sujet. Ainsi, nous pourrons réintroduire les citations dans leur contexte et comprendre leur sens véritable. Il nous restera enfin à exiger des explications et éclaircissements auprès de l’auteur de l’ouvrage tant décrié. Car son accession toute récente au poste de grand rabbin de France ne peut que raviver nos inquiétudes et nous laisser pour le moins perplexe…

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clovis simard 21/08/2013 14:11

LIBAN L'ENFANT À LA RECHERCHE D'UN HÉROS.fermaton.overblog.com

amar 02/07/2008 12:22

on te soutiens !
ps sait tu si le nouveau grf a repondu à rav brand
?

anthony 28/06/2008 01:47

"nous pouvons très bien vivre - comme nous l'avons toujours fait d'ailleurs - au sein des nations, chrétiennes ou musulmanes, sans avoir besoin de nous identifier à leurs valeurs."

en fait, en dehors du Vatican, il n'existe pas d'Etat théocratique chrétien. En vivant en France il ne s'agit pas de s'identifier aux valeurs chrétiennes, mais de se reconnaitre au sein des valeurs républicaines, parmi lesquelles la laicité.
Ensuite, toute démarche de dialogue avec une autre religion (quelle qu'elle soit) n'est que démarche individuelle. Et j'ajoute qu'entrprendre un dialogue avec l'Autre ne signifie pas s'dentifier à cet Autre. On peut discuter sans chercher à assimiler. Le dialogue est enrichissement, pas prosélytisme.
Amicalement.

GRFR 25/06/2008 15:11

Bravo !tu a trouve exactement les mots juste pour faire comprendre a tous ceux qui t'ont ecrit des commentaires sans comprendre quel etait le reel message que tu voulais faire passer.
En tt cas, apres avoir lu tous ces commentaires j'ai vraiment de la peine de voir que la France est tellement aveugle ..

Marcoroz 24/06/2008 23:52

Il ne manquerait plus que cela, qu'on n'ait pas le droit de critiquer untel sous prétexte qu'on n'est pas de la partie, que c'est un rabbin éminent, un "érudit", etc. Ou alors, il faudrait s'interdire aussi de critiquer nos dirigeants politiques sous prétexte que nous n'avons pas nous-même leur expérience ni leur connaissance de la politique...

Par ailleurs, l'analyse du rav Brand est très éclairante et très pertinente, pour qui n'aurait pas encore remarqué que Bernheim, si intelligent et si brillant qu'il soit, a un problème.