Retour vers le foetus...

Publié le par Yéhuda-Israël Rück

La route du retour

La Téchouva – « repentance » ou « retour » - consiste certes à revenir à un état de perfection que nous avons pu abimer à cause de nos mauvaises actions, mais jusqu’où… ?

Par Yéhuda Rück

A quoi ressemble le fœtus ?

Le Traité talmudique Nida (page 30/b) explique : « Rabbi Simlaï a expliqué à quoi ressemble le fœtus dans le ventre de sa mère : comme un carnet replié, il a les mains posées sur les tempes, les deux coudes sur ses deux genoux, les deux talons sur ses deux fesses. La tête reposant entre ses genoux, il a la bouche fermée et le nombril ouvert. Il mange ce que sa mère mange et boit ce qu'elle boit, et ne rejette aucune excrétion, sans quoi il causerait la mort de sa mère. Et au moment où il est mis au monde, s'ouvre ce qui était fermé et se ferme ce qui se tenait ouvert ; car si tel n'était pas le cas, il ne pourrait survivre la durée d'un instant.

Une lumière allumée à sa tête, il contemple et saisit le monde d'un bout à l'autre, comme il est dit : ‘Quand son flambeau brillait au-dessus de ma tête, où sa lumière me guidait dans les ténèbres’ (Job, 29,3). Mais que cela ne t'étonne pas, car il est fréquent qu'un homme se trouve ici et rêve pourtant qu'il est à Apamée [ville de Babylonie]. Et il n'y a pas de jours aussi délicieux pour un homme que ceux-là, comme il est dit : 'Qui me ramènerait aux mois passés, aux jours où Dieu me protégeait ?' (Job, 29, 2), et quelle est cette période qui n'est faite que de mois et non d'années ? Ce sont les mois de la gestation.

Pendant cette période, c'est toute la Torah qui lui est enseignée, comme il est dit : « Il m'instruisait en me disant : que ton cœur s'attache à mes paroles, garde mes commandements et tu vivras », (Michlé 4,4). Et il est dit : « Dans le secret de Dieu, comme une tente au-dessus de moi », (Job, 29,4). Pourquoi est-il nécessaire de rajouter un autre verset ? Car si tu venais à dire que l'enfant est un prophète, je te répondrais: « Dans le secret de Dieu, comme une tente au-dessus de moi ».

Et au moment où il est mis au monde, un ange se présente qui lui tapote sur la bouche et lui fait oublier toute la Torah, comme il est dit : « Le péché est tapi à ta porte », (Béréchit, 4,7). Et il ne peut sortir de là avant qu'on lui ait fait prêter serment, comme il est dit : « J'ai juré qu'en mon honneur tout genou ploiera et toute langue prêtera serment », (Isaïe, 45,23). ‘Tout genou’ : il s'agit du jour du trépas, comme il est dit :

« S'inclineront devant Lui tous ceux qui descendent dans la poussière », (Téhilim, 22,29) ; « Toute langue prêtera serment » : c'est le jour de la naissance, comme il est dit : 'Celui dont les mains sont sans tache, au cœur pur, qui ne m'évoque pas pour la fausseté et ne prête pas de serment frauduleux’, (Téhilim, 24,4). Et quel est le serment qu'on lui fait prêter ? 'Sois juste et ne sois pas perfide, et même si le monde entier devait te dire que tu fais partie des justes, considère-toi mauvais. Et sache que Dieu est pur, que Ses pensées sont pures et que l'âme qu'Il a déposée en toi est pure. Que si tu la conserves innocente, tant mieux ; sinon, Je te la retirerai' ».

Un homme parfait

'Qui me ramènerait aux mois passés, aux jours où Dieu me protégeait ?' (Job, 29, 2)Reconnaissons que ce texte est remarquable à bien des égards ! Tout d'abord, parce qu'alors que la Guémara nous dit qu'elle s'apprête à décrire l'existence du fœtus dans le ventre de sa mère, finalement elle nous donne à appréhender une vie intra-utérine qui est a priori tout le contraire de celle d'un embryon… Alors qu'on s'attendait à découvrir un être dépourvu de toute forme d'intelligence et encore moins d'un quelconque savoir - le fœtus étant pour nous l'antithèse de ce que peut représenter une personne accomplie -, c'est précisément le contraire qui nous est ici dévoilé : l'enfant dans le ventre de sa mère est plus encore qu'un homme adulte puisqu'il est décrit comme un tsadik - un juste - un homme intègre et accompli. Contre toute attente, c'est paradoxalement parce qu'il attaché complètement à sa mère - au point de ne faire qu'un avec elle ! - que l'embryon se trouve dans un état de proximité totale avec son Créateur…  

En effet, ne vivant pas encore le monde d'erreurs et de mensonges que nous connaissons, l'homme dans le ventre de sa mère ne fait qu'un avec Dieu : il étudie la Torah et contemple le monde de son extrémité à l'autre, tout comme Adam haRichon avant la faute.

Le fœtus fait donc un avec la vérité et le bien et, dans cette position recroquevillé sur lui-même, il ne donne pas prise au mauvais penchant : ainsi est-il comme un point minuscule et parfait bien avant de se retrouver dans un corps à l'air libre. Car, comme le dit le texte, c'est dès l'instant de sa naissance que l'homme est accompagné de son Yétser haRa (le mauvais penchant). Mais tant que cette existence - ex(s)istere, au sens propre du terme -, et cette sortie à l'air « libre » n'ont pas encore eu lieu, l'enfant créé à Son image (BeTsellem Elokim) est encore l'œuvre de Dieu, ignorant du monde de la faute d'Adam haRichon !

Dans son Drouch LéChabbat Techouva (page 70b sq.), le MaharaI de Prague explique que c'est justement dans cette vie intra-utérine que nous est révélé le sens des outils dont nous disposons pour combattre les épreuves de ce monde et pour nous réaliser en tant qu'hommes. En effet, précise-t-il, à travers cette position de l'embryon dans le ventre de sa mère, nous apprenons d'abord les middot (traits de caractère) du Sage, de celui qui est responsable et qui sait créer et habiter son propre monde. Et ce, en contrepoint des « trois choses qui ont le pouvoir de faire sortir l'homme du monde : les caprices, la jalousie et l'orgueil », (Pirké Avot), lesquelles correspondent aux trois dimensions humaines que sont le corps, le cœur et la tête.

Cette position recroquevillée ayant pour conséquence d'éviter l'écueil de la fierté, l'embryon agenouillé (les talons sur les fesses) se tient dans la posture de celui qui est disposé à servir son Créateur. La tête posée sur les genoux, il adopte l'attitude de celui qui, rempli d'humilité, est apte à réfléchir sincèrement afin de chercher à connaître et à accomplir la volonté du Maître de l'univers !

Par ailleurs, la bouche fermée du bébé dans le ventre de sa mère le met dans une disposition le protégeant des envies qui se résument essentiellement à celles de la nourriture et des boissons… Lui parvenant par le seul biais du cordon ombilical, son alimentation n'a pour seule fonction que sa subsistance et non son « plaisir des sens ». Il est donc à l'abri des caprices.

Enfin, notre texte affirme qu'il ne mange que ce que sa mère mange et ne boit que ce qu'elle boit : la mère étant son seul univers, il ne peut rien désirer d'autre et ne rien envier ! Ainsi protégé de la jalousie, il n'attend que ce qu'on lui donne et se trouve content de son sort ; car il a la conscience claire que ce qui lui est réservé ne l'est que pour lui et il n'a guère à envier les autres pour ce qu'ils ont…  

Grâce au Nèr, la lumière accrochée à sa tête et avec laquelle il contemple le monde « d'un bout à l'autre », le fœtus accède immédiatement à la connaissance de Dieu. Etant totalement lié à sa mère, l'embryon, dit notre texte, ne rejette aucune excrétion sans quoi il causerait son décès. Etant absolument propre, il est par là-même complètement attaché à l’unité divine. C’est par ce mérite qu’il dispose d’une connaissance parfaite et d’un savoir total ! Tout comme les téfilines que nous portons à notre tête, lesquels ne peuvent être portés que par un corps propre.

A la conquête de soi !

Or, c'est cela être un 'baal téchouva' authentique : savoir commencer quelque chose de nouveau et entrer de plain-pied dans l'existence !À l'opposé, une fois sorti du ventre de sa mère, le nouveau né n'est que désirs et appétits. Et ce ne sera que très progressivement, en réfléchissant à autre chose qu'aux seuls besoins de son corps qu'il deviendra plus tard un enfant indépendant. Mais au début, toujours habité par ses passions, il écoute ses envies et ses caprices si bien qu'il établit une « échelle des valeurs » pas forcément logique et raisonnable… On dit même qu'il n'est alors que « mauvais penchant » !

Car ce n'est que peu à peu que l'homme devient davantage conscient de ses actes ou tout au moins qu'il acquiert les outils pour une telle conscience. Car si nous entrons dans le monde d'emblée remplis de yétser haRa, ce n'est que par étapes que nous avançons et évoluons vers la sagesse, en passant de l'enfance à l'adolescence, puis de l'âge adulte à la vieillesse - le « zaken » (la personne âgée) étant qualifié de « zé kana 'hokhma » (celui qui a acquis la sagesse).

Ainsi ce passage de l'enfance à l'âge adulte est-il celui de l'irrationnel au rationnel, cette reconquête des outils qui nous ont été donnés dans le ventre de la matrice, dans cette vie intra-utérine qui est comme un « avant de l'existence »… Et tel est le sens même de la Téchouva dans laquelle nous nous tenons le jour du Jugement. Nous offrant cette formidable possibilité de renouer avec l'âme avec laquelle nous faisions « un » avant notre naissance, avec elle, c'est l'existence qui recommence !

Si le monde des mitsvot est vaste au point où l'on ne sait pas très bien quelles sont les plus « importantes » - même si le sens de certaines échappe complètement à l'intelligence de l'homme -, et si nous ne savons pas très bien ce que veut dire « observer » les lois de Dieu, il semblerait pourtant que c'est de nos Patriarches, Avraham, lts'hak et Yaacov, que nous pouvons apprendre le sens fondamental à donner à notre existence.

En effet, c'est parce qu'ils ont chacun réalisé quelque chose d'exceptionnel et de « premier » qu'ils sont appelés des Avot, des « pères » ou encore des « principes ». Or, c'est cela être un « baal téchouva » authentique : savoir commencer quelque chose de nouveau et entrer de plain-pied dans l'existence ! Avraham Avinou œuvra ainsi pour le 'hessed (la générosité) et il lutta contre l'envie et l'égoïsme des plaisirs (taavot) ; Its'hak Avinou fit don de sa personne lors de sa « ligature » sur l'autel d'un sacrifice (qui n'eut jamais lieu), et loin d'envier les biens d'autrui en laissant la pulsion de la jalousie (kina) s'emparer de lui, il s'annula lui-même et se montra prêt à offrir le plus grand bien qui soit : sa propre vie ; enfin, Yaacov Avinou fut celui qui fit de son existence personnelle l'existence de tout un peuple, celle de l'assemblée d'Israël. Il parvint à porter et à transmettre la haute parole de ses ancêtres, sans pourtant s'en enorgueillir…  

C'est pourquoi il porte ces deux noms : Yaacov (qui vient du mot Ekèv - le talon) quand il déclare « Katoneti miKol ha'Hassadim [je ne suis pas à la hauteur de tous les bienfaits] », (Béréchit, 32,11). ; tandis que son nom Israël (le peuple) signifie : « Parce que tu as vaincu les anges et les hommes », (Béréchit 32,29) -Yaacov-Israël ayant su toujours lutter contre l'orgueil (le kavod) !

Le carnet

tout homme devant absolument savoir que tous ses actes sont inscrits sur et dans son être…Ainsi, l'expression « baal téchouva » peut-elle être entendue comme cet acte consistant à repenser et à faire retour sur son rapport à la vérité, aux commandements de Dieu et à son existence de Juif. Le « baal téchouva » exprimant soudain qui il est vraiment et le rôle authentique qu'il a à jouer dans cette vie ! Il devient alors à lui-même son propre père et ses actions sont ses « enfants », comme il est dit au sujet de Noa'h (voir Rachi sur Béréchit, 6,9). Et justement, la chose peut-être la plus intéressante de notre texte, c'est de comparer le fœtus dans le ventre de sa mère à un « carnet »… Car l'essence de l'homme en ce qu'il est homme - à la différence de tous les autres vivants - c'est d'être ce « carnet » sur lequel est inscrit ce que l'on doit aux autres et ce qu'ils nous doivent. Ainsi l'être humain est un carnet sur lequel s'écrit ce dont il est redevable à son Créateur, et ce dont le Créateur est redevable envers lui : là sont enregistrés tous ses actes ! Et c'est en intégrant au plus profond de lui-même cette réalité de carnet où se dépose l'écriture de sa vie (qui est le propre de l'homme) qu'il évitera de fauter - tout homme devant absolument savoir que tous ses actes sont inscrits sur et dans son être… comme formant le texte de son existence, son livre.

Chaque homme est donc l'auteur de son existence et il est seul avec Dieu à savoir ce qui y est inscrit ! Tel est le sens de la fin de ce merveilleux texte : « Même si le monde entier devait te dire que tu fais partie des justes, considère-toi mauvais ! » Une leçon exemplaire pour apprendre à être redevable envers le Créateur et totalement indépendant de l'opinion des autres hommes…

Yéhuda-Israël Rück (Hamodia, 24.09.08)

Publié dans Torah

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anonyme 04/01/2009 20:39

Il est insupportable qu'un peuple qui a connu la persecution, la déportation ainsi que l'extermination, puisse reproduire cela sur ses voisins les plus directs.Il est temps qu'israel soit remis à sa place et que les pays occidentaux, boycottent tous les produits d'origine israelienne, jusqu'a l'arret des combats

Djafer 30/09/2008 20:37

Shalom,
Excellent article Jonat, comme d'habitude.
Que D. nous aide, vite, et que nous le méritions.
Réjouit toi O Israel, de tout ton Coeur et de toute ton Ame, notre Simha brisera tous les pharaons les aman et tous les goliath de la terre.
Chana Tova a Tous les Juifs que j'Aime tant,
Beezrat HM on y arrivera, j'en suis persuader, que D. bénisse Hazal.
Djafer