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Torah

Jeudi 17 septembre 2009

Trois jugements - trois niveaux d'existence
Roch HaChana, le jour du Jugement ! A cette date de l'année hébraïque, la Création tout entière est remise en cause et toutes les réalités de ce monde sont convoquées au Tribunal céleste : « Il sera décidé parmi les villes lesquelles seront données au glaive, lesquelles connaîtront la paix, (...) toutes les créatures seront alors invoquées et seront mentionnées pour la vie ou pour la mort ».

Par Yonathan Bendennoune, Hamodia (16.09.09)

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NE ANNÉE s'achève... Une portion de temps composée d'innombrables instants dans lesquels s'entrelacent des gestes, des paroles et des pensées. En ce premier jour de l'année, toutes ces infinies pulsions de l'être qui rythment notre quotidien sont pesées sur la balance du destin ! Et par elles, c'est notre santé et notre gagne-pain, notre droit à la vie et toutes ces modalités de l'existence qui seront à nouveau examinés et décidés. Rien n'étant laissé au hasard, ce jour constitue donc le pivot de notre condition sur terre. D'où la question : pourquoi prie-t-on chaque jour de l'année ? Chacune de nos prières n'a-t-elle pas été agréée ou, à D.ieu ne plaise rejetée dès ce premier jour ?

Cette question est en réalité posée par le Talmud lui-même (Traité Roch HaChana, page 16a) et sa réponse nous permettra d'entrevoir l'ampleur des différents « jugements » que traverse l'homme au cours de son existence.

Différents Jugements

Dans ce texte, le Talmud cite une discussion opposant les Sages de la Michna sur la teneur exacte du jugement de Roch HaChana : si la majorité des avis estime que l'homme est jugé à Roch HaChana et son verdict arrêté à Yom Kippour, certains considèrent que l'homme est jugé dans le Ciel chaque jour de sa vie, et d'autres affirment qu'à chaque heure qui s'écoule, une nouvelle sentence est prononcée...

Or, le contenu des prières que nous prononçons en ces Jours redoutables et le fait même que cette période séparant Roch HaChana de Yom Kippour porte le nom des « Dix jours de Pénitence » [Asséret Yémé Téchouva] tendent à prouver que la halakha retient les premiers avis évoqués. Mais par ailleurs, nul ne nie l'impérieuse nécessité de nos prières quotidiennes dans lesquelles nous implorons le Créateur de nous accorder notamment la sagesse, le pardon et la santé... Tout porte donc à croire qu'il existe plusieurs niveaux de jugements. Et effectivement, ceux-ci sont nombreux!

En suivant les traces des différents ouvrages que le Ramban consacra à ce thème (notamment son « Chaar haGuemoul » et sa « Dracha de Roch HaChana »), le jugement du Nouvel An hébraïque consiste à déterminer les conditions exactes de notre vie durant l'année à suivre (contrairement à Maïmonide pour qui Roch HaChana détermine le droit au « Monde futur»).

Nouvelle année, nouveaux décrets !

Comme nous l'avons évoqué plus haut, c'est donc en ce jour que tous les infinis détails composant notre existence - depuis notre droit à la vie jusqu'à la quantité de pain qui nous est dévolue - sont déterminés. Si cette approche peut sembler évidente, elle comporte néanmoins un problème de taille : dans ce même passage talmudique, on nous enseigne qu'à Roch HaChana, on consigne dans trois Livres différents le verdict des Justes - dans le « Livre de la vie et du bonheur » -, celui des mécréants - dans celui de la mort et des malheurs -, et celui des hommes « moyens » dont le sort n'est scellé qu'à Yom Kippour. Or, n'est-il pas avéré que chaque année, de très nombreux Justes meurent ou sont frappés par les tourments... ? Et n'est-il pas inévitable que des hommes foncièrement mauvais continuent à vivre et connaissent le bonheur durant l'année qui commence ce jour-là ? La réponse donnée par le Ramban est saisissante : lors de ce jugement, la définition de Juste et de méchant n'est pas absolue. Ainsi, si un homme juste et profondément pieux doit mourir au courant de l'année, c'est qu'il est considéré comme un « méchant au regard de son jugement ». Inversement, un homme mauvais - qui mériterait de vivre dans le bonheur en récompense de quelque bonne action - est inscrit à Roch HaChana dans le Livre de la vie car il est considéré comme « un juste au regard de son jugement ».

Selon le Ramban et visiblement aussi la majorité des auteurs, les trois Livres ouverts à Roch HaChana ne rendent donc pas compte de la valeur absolue de chacun, mais ils déterminent seulement le statut et les droits de tous les hommes concernant l'année à venir uniquement. Pour reprendre l'expression de ce maître, « Roch HaChana est le jour du jugement de ce monde-ci (...), le jugement du corps humain ».

Or, comme ce jugement ne porte que sur la « condition de vie » des hommes et non sur leur valeur absolue, il est donc impératif de laisser une place à certains « ajustements » futurs. C'est dans cet esprit que le Talmud répond à notre question initiale par l'idée suivante : même après Roch HaChana, nous continuons justement à prier dans la mesure où « l'imploration reste valable à tout moment, que ce soit avant ou après le verdict final ». Par ailleurs, ajoutent les commentaires des Tossefot, s'il est décrété à Roch HaChana qu'une personne tombe malade, on n'y détermine néanmoins pas l'instant de sa guérison. Une prière restera donc à tout moment efficace pour l'accélérer... Enfin, concluent ces auteurs, l'appel d'une assemblée de fidèles est d'une telle portée que même après le verdict final, ce dernier pourra être modifié !

Les lignes principales de l'année à venir sont donc bien tracées en ce jour crucial, mais l'homme peut toujours, par des prières et des mérites particuliers, atténuer ou même réorienter ces décrets pourtant déjà scellés.

Si Roch HaChana détermine ainsi notre sort pour l'année à venir, deux autres jugements viennent rendre un verdict plus fondamental pour les autres stades de l'existence humaine.

Le jugement (avant) dernier...

Après qu'au cours de sa vie dans ce monde-ci, l'homme a été jugé chaque année pour sa réalité corporelle, suite à son trépas vient l'heure du « jugement de l'âme ». Le Talmud nous révèle en effet que : « lorsque l'homme décède et rejoint le monde à venir, tous ses actes sont énumérés devant lui et on lui dit : 'As-tu agi de telle manière, tel jour à tel endroit ?', et il répond : 'oui'. On lui dit : 'Signe', et l'homme signe (...) » (Traité Erouvin, page 11a).

Selon les explications du Ramban extraites de différentes sources talmudiques, au moment où le corps de l'homme regagne la terre d'où il fut créé, son âme rejoint alors le « Gan Eden », ou encore « le monde des âmes » qui est lui-même « une vie parmi les vies du Monde futur ». Depuis son décès et jusqu'au jour de la résurrection des morts, l'âme de l'être humain investit donc ce lieu « transitoire» où se trouvent d'une part le Gan Eden et d'autre part ce lieu appelé par nos Sages « Guéhinom »...

Le Gan Eden n'est autre que celui décrit dans les premiers chapitres de la Torah, et il se trouve lui-même « dans ce monde-ci, dans un des lieux de la terre » d'où sortent quatre fleuves, exactement comme les versets de la Genèse le décrivent. Le Ramban précise néanmoins que, si tout y est parfaitement conforme au sens simple de ces descriptions, « ce Jardin, ces fleuves, les arbres de la vie et de la connaissance sont comme des exemples qui révèlent des secrets à l'instar d'une image ».

Le Ramban rapporte à ce propos d'anciennes légendes racontant que des sages grecs étaient partis à la recherche de cet endroit et qu'en découvrant la « lame de l'épée flamboyante » qui garde l'entrée de ce lieu, ils auraient été foudroyés par son éclat sans qu'un seul ne survive... « Tous ces récits sont parfaitement authentiques ! », conclut alors le Ramban. Et s'il nous semble improbable qu'une quelconque portion du territoire terrestre puisse aujourd'hui encore être inconnue, tenons cependant compte du fait que, terni par l'opacité du matérialisme, le regard de l'homme ne cesse de s'assombrir au fil des générations. Et s'il fut décrété que « nul ne connut la sépulture [de Moché] jusqu'à ce jour », le Jardin d'Eden peut lui aussi aisément rester voilé du regard des hommes jusqu'à notre époque !

Mais avant de pénétrer dans ce monde, l'homme doit d'abord être jugé pour la totalité de ses actes sur terre. A nouveau, trois Livres s'ouvrent, et pendant que les Justes rejoignent le Gan Eden et les méchants le Guéhinom, les hommes moyens « glorifient jusqu'à atteindre un lieu de sérénité ». Ce jugement est donc le « jugement de l'âme pour ce monde des âmes ». En conclusion, un verdict décrète chaque année le sort de l'homme pour son état corporel pendant toute la durée de sa vie ici-bas. Un second jugement est tenu pour l'âme au moment où celle-ci rejoint ce monde spirituel. Mais si ces deux premiers jugements peuvent offrir à l'être humain des bienfaits pour ces actes, aucun d'eux ne constitue encore la récompense ultime qui ne surviendra quant à elle que dans le « Monde futur ».

Le jour de l'Éternel

C'est à une troisième étape de l'existence et - après un troisième et dernier jugement - que l'ultime sentence sera rendue ! Au jour de la résurrection des morts - c'est-à-dire bien après la venue du Machia'h - se tiendra le véritable « Jugement dernier » qui concernera conjointement le corps et l'âme.

Ce moment fut annoncé notamment par la célèbre prophétie de Malakhi: « Je vous enverrai le prophète Eliyah avant qu'arrive le jour de l'Éternel, jour grand et redoutable », (3, 23). En ce « Jour du Grand Jugement », tous les êtres créés depuis le début de la Création du monde jusqu'à la fin des Temps seront convoqués, et il sera alors décidé de leur droit de revenir à la vie... Avec ce « jour grand et redoutable », adviendra l'apparition d'un nouveau monde tel que nul ne l'a encore jamais connu ! Le Talmud enseigne à ce sujet: « Rabbi Yo'hanan dit: Tous les prophètes n'ont eu de vision que sur les temps messianiques, mais pour le Monde futur 'Nul œil ne l'a vu, Éternel, si ce n'est Toi ! (Isaïe, 64) », (Traité Bérakhot, page 34b).

Toutefois, on trouve ailleurs cet autre enseignement, qu'il convient d'aborder avec circonspection : « Rech Lakich dit : Dans le Monde futur, il n'y aura plus de Guéhinom. Seulement, le Saint Béni soit-Il sortira le soleil de son enveloppe, les Justes se soigneront à sa chaleur et les méchants brûleront ! ». Cette chaleur insoutenable constituera elle-même ce dernier jugement après lequel l'âme et le corps des Justes connaîtront la félicité éternelle. Si ces thèmes sont difficilement compréhensibles à notre niveau, il nous incombe cependant d'y croire du plus profond de notre être. Et en gardant à l'esprit la perspective de cette formidable destinée, nous prendrons peut-être un peu plus conscience de l'enjeu de chacune de nos actions, aujourd'hui et ici-bas...

Par Yonathan Bendennoune
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Mardi 4 novembre 2008

L’État d’Israël revu et corrigé par Moché rabbénou !

Par Jonat pour  de Juif.org  (03.11.08)

 

Voici un texte extraordinaire du Zohar haKadoch rédigé d’inspiration divine par rabbi Chimon bar Yohaï, où est relatée une longue discussion entre deux grands leaders et rédempteurs du peuple juif, telle une havrouta (étude en binôme) qui transcende le temps et l’espace : Moché rabbénou et Eliahou hanavi.

 

Ce long passage du Zohar (Parachat Nasso 124a), parfois hermétique, appelé « Ra’ya Meheimna » -  le Fidèle Pasteur – qui traite de différents sujets de Torah dont l’époque messianique, se termine sur une prière de Moché rabbénou pour la délivrance finale.

En effet, le texte nous explique que, leur étude achevée, Eliahou s’apprête à monter au ciel pour intercéder auprès d’Hachem pour libérer le peuple juif de son exil et demande à Moché de lui transmettre des arguments de taille qui permettront sa délivrance immédiate.

S’exécutant, Moché lui présente un tableau sévère de la situation pré-messianique mais extraordinaire de clairvoyance ! Tout y est : État et dirigeants laïcs et antireligieux, capitalistes et corrompus, où l’écart entre les riches et les pauvres est sidéral, les subventions pour le social et les institutions religieuses pratiquement inexistantes,  et où les étudiants de Torah sont inlassablement dénigrés et mis au ban d’une société qui est régulièrement incitée à s’émanciper et à s’assimiler de gré ou de force…

 

Leur dernière étude traite de l’époque messianique et du Èrev rav membres du peuple juif qui se battent pour l’assimilation de celui-ci :

 

A propos du Èrev rav il est écrit : « et le peuple à cette vue, trembla et se tint à distance » (Chémot 20:14). Ils seront loin de la rédemption et ils observeront les étudiants de la Torah et la sainte nation dans toute sa splendeur, mais ils se tiendront loin d'eux. S'ils souhaitent se joindre à eux, il est écrit : « On ne doit pas porter la main sur lui, mais le lapider ou le percer de flèches » (ibid. 19:13). A cette époque, il s’accomplira pour Israël : « Seul, Hachem le dirige, et nulle puissance étrangère ne le seconde » (Devarim 32:12). Il a déjà été expliqué qu’il ne sera pas accepté de nouveaux convertis à l’époque du Messie. « Et les impies périssent dans les ténèbres » (Chemouel II 2:9): c’est le Èrev rav. Par conséquent, le prophète a proclamé à leur sujet : « et ils ne viendront pas sur le territoire d'Israël » (Yéhezkel 13:9).

 

La vision de rabbi Chimon traverse le temps et l’étude du « Ra’ya Meheimna » se clôture à notre époque. Quand arrive le moment de partir, Moché partage la souffrance causée par la situation financière, morale et spirituelle critique du peuple d’Israël à la fin des temps :

 

Eliahou dit au Fidèle Pasteur (Moché) : il est temps pour moi de partir en haut [pour amener la délivrance finale]. Fais-moi jurer solennellement [d’accélérer la Rédemption], car pour toi je veux monter là-haut. Car le Saint béni soit-Il, m'a donné l'autorisation de me révéler à toi dans ta prison, dans ton lieu de sépulture, et pour te remplir de bienfait parce que tu t’es profané par les péchés du peuple [car parmi eux il est comme en prison]. Tel est le sens de : « Et c'est pour nos péchés qu'il a été meurtri » (Yéchaïa 53:5).

 

Le Fidèle Pasteur (Moché) lui dit :

Fais-moi le serment solennel au nom de Hachem, que tu feras tout ton possible pour ne pas retarder la rédemption, car je me trouve dans une grande détresse. [A mon sujet il est écrit :] « Il se tourna de côté et d'autre et ne voyait paraître personne » (Chémot 2:12). Aide moi, sors moi de cette détresse, de cette tombe sur laquelle il a été dit de moi : « On a mis sa sépulture avec celle des impies » (Yéchaïa 53:9). Ils ne me reconnaissent pas, et je suis aux yeux de l’Èrev rav, ces  mécréants, considéré comme un chien mort répugnant[1] parmi eux, car « la sagesse des scribes (Sages) répugnera »  parmi eux, dans chaque ville, et dans tous les lieux où les enfants d'Israël seront disséminés parmi eux dans leur royaume. Et le Èrev rav s’ordonnera berger sur Israël, le troupeau du Saint béni soit-Il, comme il est dit à leur sujet : « Et vous, mes brebis, brebis que je fais paître, vous êtes des hommes » (Yéhezkel 34:31 ). Et ils n'ont aucune possibilité de faire du bien aux étudiants de la Torah.

 

Et les hommes vaillants, craignant la faute, tourneront de ville en ville sans trouver grâce, et le Èrev rav les excommuniera [2]d’entre eux. Dans de nombreux endroits, on ne leur donnera qu’une faible subvention[3],  de sorte qu'ils ne peuvent se relever de leur chute, et ce, même le minimum vital[4]. Et tous les sages, les hommes vaillants et ceux qui craignent la faute seront souffrants tourmentés et affligés, traités comme des chiens. Mes enfants « qui valaient leur pesant d'or fin, hélas! Les voilà estimés à l'égal de vases de terre » (Eikha 4:2) à tous les coins de rues. Car ils ne peuvent trouver domicile parmi eux.

 

Et qu’en est-il de tous ces hauts fonctionnaires à la tête de l’État ?

 

Pendant ce temps, le Èrev rav sera riche, vivra dans le bonheur et la joie, sans souffrance, sans aucune peine – ils sont voleurs, ils prennent des pots-de-vin, ce sont les juges, les dirigeants, « parce que la terre, à cause d'elles (les créatures), est remplie d'iniquité » (Bérechit 6:13). A leur propos, il est écrit : « Ses ennemis seront à leur tête » (Eikha 1:5). Fais moi le serment solennel, pour la deuxième fois, sur la vie d’Hashem Tzva-ot, D-ieu d'Israël, qui est sur le trône des anges, que tous ces mots ne manqueront de ta bouche, que de toutes tes forces tu transmettes au Saint béni soit-Il ces paroles, afin de montrer leur détresse.

 

Fin du « Fidèle Pasteur ».



[1] Joseph Haïm Brenner (1881-1921), Écrivain et maitre à penser de la direction sioniste, écrit en 1919 :

« Notre caractère national est corrompu depuis toujours. Nous n’avons jamais été un peuple productif. Nous avons toujours vécu une vie de gitans et de chiens. Que voulez-vous des antisémites ? Pourquoi refusez-vous de vous rendre à l’évidence ? La vision de la haine et du mépris envers Israël ! Les Juifs sont des gitans, de la saleté, de la pourriture, du dégoût. Des œufs pourris, pas des êtres humains. Des chiens blessés.

Les peuples européens, bien qu’ils nous aient étranglés sans pitié, comme on étrangle ce que l’on déteste, méritent tous les honneurs. Nous ne sommes pas des êtres humains. Plutôt, un crachat. Tout notre héritage spirituel n’est qu’un moustique mort. Est-ce que maintenant nos rues vont-elles être envahies par ces gueules que nous connaissons venues de tous les ghettos ? La pourriture du genre humain ? » (in A Holocaust from Heaven, p.79). Voir aussi le documentaire Herzl et le sionisme.

[2] 98% des familles expulsées du Goush Katif sont encore dans des locaux provisoires…

[3] La guerre menée en ce moment par les orthodoxes pour les allocations familiales et les subventions des yéchivot nous prouve que nous ne sommes pas loin de la Guéoula…

[4] Pour une famille de 4 enfants, les allocations familiales ont été divisées par 2 et diminuées de 276 € en 2001 à 116 € en 2008, la moyenne européenne étant de 438 €…

Par Jonat
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Lundi 29 septembre 2008

La route du retour

La Téchouva – « repentance » ou « retour » - consiste certes à revenir à un état de perfection que nous avons pu abimer à cause de nos mauvaises actions, mais jusqu’où… ?

Par Yéhuda Rück

A quoi ressemble le fœtus ?

Le Traité talmudique Nida (page 30/b) explique : « Rabbi Simlaï a expliqué à quoi ressemble le fœtus dans le ventre de sa mère : comme un carnet replié, il a les mains posées sur les tempes, les deux coudes sur ses deux genoux, les deux talons sur ses deux fesses. La tête reposant entre ses genoux, il a la bouche fermée et le nombril ouvert. Il mange ce que sa mère mange et boit ce qu'elle boit, et ne rejette aucune excrétion, sans quoi il causerait la mort de sa mère. Et au moment où il est mis au monde, s'ouvre ce qui était fermé et se ferme ce qui se tenait ouvert ; car si tel n'était pas le cas, il ne pourrait survivre la durée d'un instant.

Une lumière allumée à sa tête, il contemple et saisit le monde d'un bout à l'autre, comme il est dit : ‘Quand son flambeau brillait au-dessus de ma tête, où sa lumière me guidait dans les ténèbres’ (Job, 29,3). Mais que cela ne t'étonne pas, car il est fréquent qu'un homme se trouve ici et rêve pourtant qu'il est à Apamée [ville de Babylonie]. Et il n'y a pas de jours aussi délicieux pour un homme que ceux-là, comme il est dit : 'Qui me ramènerait aux mois passés, aux jours où Dieu me protégeait ?' (Job, 29, 2), et quelle est cette période qui n'est faite que de mois et non d'années ? Ce sont les mois de la gestation.

Pendant cette période, c'est toute la Torah qui lui est enseignée, comme il est dit : « Il m'instruisait en me disant : que ton cœur s'attache à mes paroles, garde mes commandements et tu vivras », (Michlé 4,4). Et il est dit : « Dans le secret de Dieu, comme une tente au-dessus de moi », (Job, 29,4). Pourquoi est-il nécessaire de rajouter un autre verset ? Car si tu venais à dire que l'enfant est un prophète, je te répondrais: « Dans le secret de Dieu, comme une tente au-dessus de moi ».

Et au moment où il est mis au monde, un ange se présente qui lui tapote sur la bouche et lui fait oublier toute la Torah, comme il est dit : « Le péché est tapi à ta porte », (Béréchit, 4,7). Et il ne peut sortir de là avant qu'on lui ait fait prêter serment, comme il est dit : « J'ai juré qu'en mon honneur tout genou ploiera et toute langue prêtera serment », (Isaïe, 45,23). ‘Tout genou’ : il s'agit du jour du trépas, comme il est dit :

« S'inclineront devant Lui tous ceux qui descendent dans la poussière », (Téhilim, 22,29) ; « Toute langue prêtera serment » : c'est le jour de la naissance, comme il est dit : 'Celui dont les mains sont sans tache, au cœur pur, qui ne m'évoque pas pour la fausseté et ne prête pas de serment frauduleux’, (Téhilim, 24,4). Et quel est le serment qu'on lui fait prêter ? 'Sois juste et ne sois pas perfide, et même si le monde entier devait te dire que tu fais partie des justes, considère-toi mauvais. Et sache que Dieu est pur, que Ses pensées sont pures et que l'âme qu'Il a déposée en toi est pure. Que si tu la conserves innocente, tant mieux ; sinon, Je te la retirerai' ».

Un homme parfait

'Qui me ramènerait aux mois passés, aux jours où Dieu me protégeait ?' (Job, 29, 2) Reconnaissons que ce texte est remarquable à bien des égards ! Tout d'abord, parce qu'alors que la Guémara nous dit qu'elle s'apprête à décrire l'existence du fœtus dans le ventre de sa mère, finalement elle nous donne à appréhender une vie intra-utérine qui est a priori tout le contraire de celle d'un embryon… Alors qu'on s'attendait à découvrir un être dépourvu de toute forme d'intelligence et encore moins d'un quelconque savoir - le fœtus étant pour nous l'antithèse de ce que peut représenter une personne accomplie -, c'est précisément le contraire qui nous est ici dévoilé : l'enfant dans le ventre de sa mère est plus encore qu'un homme adulte puisqu'il est décrit comme un tsadik - un juste - un homme intègre et accompli. Contre toute attente, c'est paradoxalement parce qu'il attaché complètement à sa mère - au point de ne faire qu'un avec elle ! - que l'embryon se trouve dans un état de proximité totale avec son Créateur…  

En effet, ne vivant pas encore le monde d'erreurs et de mensonges que nous connaissons, l'homme dans le ventre de sa mère ne fait qu'un avec Dieu : il étudie la Torah et contemple le monde de son extrémité à l'autre, tout comme Adam haRichon avant la faute.

Le fœtus fait donc un avec la vérité et le bien et, dans cette position recroquevillé sur lui-même, il ne donne pas prise au mauvais penchant : ainsi est-il comme un point minuscule et parfait bien avant de se retrouver dans un corps à l'air libre. Car, comme le dit le texte, c'est dès l'instant de sa naissance que l'homme est accompagné de son Yétser haRa (le mauvais penchant). Mais tant que cette existence - ex(s)istere, au sens propre du terme -, et cette sortie à l'air « libre » n'ont pas encore eu lieu, l'enfant créé à Son image (BeTsellem Elokim) est encore l'œuvre de Dieu, ignorant du monde de la faute d'Adam haRichon !

Dans son Drouch LéChabbat Techouva (page 70b sq.), le MaharaI de Prague explique que c'est justement dans cette vie intra-utérine que nous est révélé le sens des outils dont nous disposons pour combattre les épreuves de ce monde et pour nous réaliser en tant qu'hommes. En effet, précise-t-il, à travers cette position de l'embryon dans le ventre de sa mère, nous apprenons d'abord les middot (traits de caractère) du Sage, de celui qui est responsable et qui sait créer et habiter son propre monde. Et ce, en contrepoint des « trois choses qui ont le pouvoir de faire sortir l'homme du monde : les caprices, la jalousie et l'orgueil », (Pirké Avot), lesquelles correspondent aux trois dimensions humaines que sont le corps, le cœur et la tête.

Cette position recroquevillée ayant pour conséquence d'éviter l'écueil de la fierté, l'embryon agenouillé (les talons sur les fesses) se tient dans la posture de celui qui est disposé à servir son Créateur. La tête posée sur les genoux, il adopte l'attitude de celui qui, rempli d'humilité, est apte à réfléchir sincèrement afin de chercher à connaître et à accomplir la volonté du Maître de l'univers !

Par ailleurs, la bouche fermée du bébé dans le ventre de sa mère le met dans une disposition le protégeant des envies qui se résument essentiellement à celles de la nourriture et des boissons… Lui parvenant par le seul biais du cordon ombilical, son alimentation n'a pour seule fonction que sa subsistance et non son « plaisir des sens ». Il est donc à l'abri des caprices.

Enfin, notre texte affirme qu'il ne mange que ce que sa mère mange et ne boit que ce qu'elle boit : la mère étant son seul univers, il ne peut rien désirer d'autre et ne rien envier ! Ainsi protégé de la jalousie, il n'attend que ce qu'on lui donne et se trouve content de son sort ; car il a la conscience claire que ce qui lui est réservé ne l'est que pour lui et il n'a guère à envier les autres pour ce qu'ils ont…  

Grâce au Nèr, la lumière accrochée à sa tête et avec laquelle il contemple le monde « d'un bout à l'autre », le fœtus accède immédiatement à la connaissance de Dieu. Etant totalement lié à sa mère, l'embryon, dit notre texte, ne rejette aucune excrétion sans quoi il causerait son décès. Etant absolument propre, il est par là-même complètement attaché à l’unité divine. C’est par ce mérite qu’il dispose d’une connaissance parfaite et d’un savoir total ! Tout comme les téfilines que nous portons à notre tête, lesquels ne peuvent être portés que par un corps propre.

A la conquête de soi !

Or, c'est cela être un 'baal téchouva' authentique : savoir commencer quelque chose de nouveau et entrer de plain-pied dans l'existence ! À l'opposé, une fois sorti du ventre de sa mère, le nouveau né n'est que désirs et appétits. Et ce ne sera que très progressivement, en réfléchissant à autre chose qu'aux seuls besoins de son corps qu'il deviendra plus tard un enfant indépendant. Mais au début, toujours habité par ses passions, il écoute ses envies et ses caprices si bien qu'il établit une « échelle des valeurs » pas forcément logique et raisonnable… On dit même qu'il n'est alors que « mauvais penchant » !

Car ce n'est que peu à peu que l'homme devient davantage conscient de ses actes ou tout au moins qu'il acquiert les outils pour une telle conscience. Car si nous entrons dans le monde d'emblée remplis de yétser haRa, ce n'est que par étapes que nous avançons et évoluons vers la sagesse, en passant de l'enfance à l'adolescence, puis de l'âge adulte à la vieillesse - le « zaken » (la personne âgée) étant qualifié de « zé kana 'hokhma » (celui qui a acquis la sagesse).

Ainsi ce passage de l'enfance à l'âge adulte est-il celui de l'irrationnel au rationnel, cette reconquête des outils qui nous ont été donnés dans le ventre de la matrice, dans cette vie intra-utérine qui est comme un « avant de l'existence »… Et tel est le sens même de la Téchouva dans laquelle nous nous tenons le jour du Jugement. Nous offrant cette formidable possibilité de renouer avec l'âme avec laquelle nous faisions « un » avant notre naissance, avec elle, c'est l'existence qui recommence !

Si le monde des mitsvot est vaste au point où l'on ne sait pas très bien quelles sont les plus « importantes » - même si le sens de certaines échappe complètement à l'intelligence de l'homme -, et si nous ne savons pas très bien ce que veut dire « observer » les lois de Dieu, il semblerait pourtant que c'est de nos Patriarches, Avraham, lts'hak et Yaacov, que nous pouvons apprendre le sens fondamental à donner à notre existence.

En effet, c'est parce qu'ils ont chacun réalisé quelque chose d'exceptionnel et de « premier » qu'ils sont appelés des Avot, des « pères » ou encore des « principes ». Or, c'est cela être un « baal téchouva » authentique : savoir commencer quelque chose de nouveau et entrer de plain-pied dans l'existence ! Avraham Avinou œuvra ainsi pour le 'hessed (la générosité) et il lutta contre l'envie et l'égoïsme des plaisirs (taavot) ; Its'hak Avinou fit don de sa personne lors de sa « ligature » sur l'autel d'un sacrifice (qui n'eut jamais lieu), et loin d'envier les biens d'autrui en laissant la pulsion de la jalousie (kina) s'emparer de lui, il s'annula lui-même et se montra prêt à offrir le plus grand bien qui soit : sa propre vie ; enfin, Yaacov Avinou fut celui qui fit de son existence personnelle l'existence de tout un peuple, celle de l'assemblée d'Israël. Il parvint à porter et à transmettre la haute parole de ses ancêtres, sans pourtant s'en enorgueillir…  

C'est pourquoi il porte ces deux noms : Yaacov (qui vient du mot Ekèv - le talon) quand il déclare « Katoneti miKol ha'Hassadim [je ne suis pas à la hauteur de tous les bienfaits] », (Béréchit, 32,11). ; tandis que son nom Israël (le peuple) signifie : « Parce que tu as vaincu les anges et les hommes », (Béréchit 32,29) -Yaacov-Israël ayant su toujours lutter contre l'orgueil (le kavod) !

Le carnet

tout homme devant absolument savoir que tous ses actes sont inscrits sur et dans son être… Ainsi, l'expression « baal téchouva » peut-elle être entendue comme cet acte consistant à repenser et à faire retour sur son rapport à la vérité, aux commandements de Dieu et à son existence de Juif. Le « baal téchouva » exprimant soudain qui il est vraiment et le rôle authentique qu'il a à jouer dans cette vie ! Il devient alors à lui-même son propre père et ses actions sont ses « enfants », comme il est dit au sujet de Noa'h (voir Rachi sur Béréchit, 6,9). Et justement, la chose peut-être la plus intéressante de notre texte, c'est de comparer le fœtus dans le ventre de sa mère à un « carnet »… Car l'essence de l'homme en ce qu'il est homme - à la différence de tous les autres vivants - c'est d'être ce « carnet » sur lequel est inscrit ce que l'on doit aux autres et ce qu'ils nous doivent. Ainsi l'être humain est un carnet sur lequel s'écrit ce dont il est redevable à son Créateur, et ce dont le Créateur est redevable envers lui : là sont enregistrés tous ses actes ! Et c'est en intégrant au plus profond de lui-même cette réalité de carnet où se dépose l'écriture de sa vie (qui est le propre de l'homme) qu'il évitera de fauter - tout homme devant absolument savoir que tous ses actes sont inscrits sur et dans son être… comme formant le texte de son existence, son livre.

Chaque homme est donc l'auteur de son existence et il est seul avec Dieu à savoir ce qui y est inscrit ! Tel est le sens de la fin de ce merveilleux texte : « Même si le monde entier devait te dire que tu fais partie des justes, considère-toi mauvais ! » Une leçon exemplaire pour apprendre à être redevable envers le Créateur et totalement indépendant de l'opinion des autres hommes…

Yéhuda-Israël Rück (Hamodia, 24.09.08)

Par Yéhuda-Israël Rück
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Jeudi 7 août 2008

Ticha béAv - l'éclat d'une lumière trop intense

Dans l'ouvrage Torat haOla, de la plume du Rama lui-même (dont le passage qui suit est cité dans le Lev Eliyahou - Béréchit p. 263), est rapporté un récit très intéressant. On y apprend qu'au moment où le prophète Jérémie vit la destruction du Temple de Jérusalem, il s'effondra sur les morceaux de bois et sur les pierres restant de l'édifice détruit et il se mit à sangloter. Platon, le fameux philosophe grec, assistait à ce spectacle, et voyant le prophète livré à une telle détresse, il l'interrogea sur son attitude : « Comment toi, le plus grand sage des Juifs, te prêtes-tu à pleurer sur du bois et de la pierre ? ». Le philosophe ajouta ensuite : « Et qu'as-tu donc à te lamenter ainsi sur le passé ? Ce qui fut appartient au passé ! L'homme sage n'a pas à se lamenter sur le passé mais il se doit plutôt de construire le futur »

Par Rav Chimchon D. Pinkus 

 

P

Reconstruction du Temple, travaux en cours - Jérusalem, Aout 2008 ! our faire valoir la portée de ses réponses, le prophète voulut en premier lieu rendre compte de sa sagesse à son interlocuteur : « Toi qui te veux un grand philosophe, tu dois certainement avoir de grandes questions philosophiques ! ». Platon lui répondit alors : « J'ai évidemment certaines questions, mais il me semble improbable que quiconque puisse jamais y répondre ». Jérémie lui rétorqua cependant : « Pose-les moi, et je m'efforcerai de t'y répondre ». Et effectivement, Platon questionna et Jérémie répondit à chacune de ses interrogations, à un tel point que Platon ne put réprimer sa surprise et se demanda s'il se trouvait réellement face à un homme ou face à un ange céleste, Jérémie lui expliqua ensuite : « Sache que toute ma sagesse émane de ces bois et de ces pierres ! Quant à ta question de savoir pour quelle raison je pleure sur le passé, je ne t'y répondrai pas, car la réponse est d'une telle profondeur que tu ne parviendrais pas à la comprendre. Seul un Juif est capable de saisir la dimension des lamentations sur des faits passés ! ».

« Il déversa Sa colère sur du bois et sur des pierres »

 

Jérémie prédit la destruction de Jérusalem Toutefois, face aux pleurs versés par le prophète sur « le bois et les pierres » du Temple, il nous faut constater par ailleurs que paradoxalement, la destruction de ces matières fut l'objet d'une réjouissance véritable. Le Midrach (Eikha Rabba 4:14), commentant le verset des Téhilim (79:1) : « Cantique d'Assaf. Éternel ! Des nations ont envahi Ton héritage », s'étonne du terme d'introduction : « cantique » pour évoquer la destruction du Temple, à laquelle conviendraient mieux celles de « plaintes » et de « lamentations ». Comment concevoir que l'instant de la destruction puisse être narré à travers un cantique ?

Le Midrach de répondre : « On demanda en effet à Assaf : ‘Le Saint béni soit-Il a détruit le Sanctuaire et le Temple et toi tu restes à chanter !?’ Il leur répondit : ‘Je chante parce que Dieu déversa Sa colère sur du bois et sur des pierres, et Il ne la déversa pas sur Israël’ ».

De fait, les anciens écrits rapportent en effet qu'à ce même instant où le Saint béni soit-Il déversa Sa colère sur le bois et les pierres du Temple, « on éprouva une grande allégresse » ! Il est d'ailleurs rapporté qu'en vertu de cette joie, l'on a l'habitude d'alléger quelque peu les marques de deuil durant la seconde moitié de la journée de Ticha béAv, en cessant de s'asseoir à même le sol, dans la mesure où le Temple avait alors déjà commencé à brûler.

Mais toutes ces informations ne font en fait qu'intensifier le problème : comment concevoir que l'instant de la destruction soit précisément une source de réjouissances ? Devrions-nous nous réjouir pour avoir perdu « ce bois et ces pierres » dans lesquels résidait la Présence divine ?

Mais plus que tout, il nous faut tenter de comprendre ce que signifie cette expression : « Il déversa Sa colère ». On peut comprendre en effet que lorsqu'éclate sa colère, un être humain peut être sujet à l'emportement et puisse laisser son courroux s'épancher, ce qui lui permet ensuite de se sentir apaisé. Mais comment comprendre cette notion chez le Créateur ? Pourrait-on dire qu'Il se soit comme « calmé » après s'être emporté sur une bâtisse de pierres et de bois ?

 

Le corps et l'âme

 

Platon, philosophe grec, disciple de Socrate Toutes ces considérations se fondent en réalité sur l'un des grands principes de la Création, voulant que tout être soit composé de deux parties : un corps et une âme. Ces deux parties s'avèrent être en fait intimement liées, au point où le corps reflète l'âme dont il se veut le support. Dans un corps d'homme, il y a une âme d'homme, tandis que le corps d'une bête supporte nécessairement l'âme d'une bête. C'est pourquoi l'homme évolue debout, sur deux pieds, et son regard est dirigé vers le haut, dans la mesure où son âme fut façonnée à partir du Trône Céleste. La bête en revanche, qui évolue à quatre pattes et dont le regard est orienté vers le sol, possède une âme dont les racines proviennent de la terre. Le corps et l'âme correspondent l'un à l'autre, dans la mesure où les mouvements du corps sont en réalité les mouvements de l'âme. C'est à ce titre que nous enseignent les Sages : « L’âme remplit intégralement le corps humain ».

Par conséquent, si l’âme d'une bête venait à entrer dans le corps d'un homme, cet être se verrait frappé d'un épaississement et accablé d'une lourde opacité, dans la mesure où l'âme n'est pas à la hauteur du corps qui la supporte. Cette situation serait donc véritablement néfaste pour le corps, mais il pourrait tout au moins en survivre.

Mais inversement, il serait véritablement catastrophique si l'âme d'un homme venait à pénétrer dans le corps d'une bête, car alors, les répercussions de cette antinomie pourraient s'avérer même destructrices...

 

Une grande lumière pour des ustensiles médiocres

 

Chez les auteurs de la pensée juive, l'âme et le corps sont appelés la « lumière » et « l'ustensile ». L'âme fait jaillir la lumière, et le corps est l'ustensile renfermant cet éclat. Ces deux composants doivent donc nécessairement se comporter en parfaite concorde afin de vivre dans un équilibre harmonieux. Ainsi, si l'ustensile venait à recevoir une faible lumière, qui ne serait pas à la hauteur de ses capacités, à l'image de cet homme recevant une âme de bête, l'ustensile ne parviendrait pas à concrétiser toutes ses aptitudes, même si au demeurant il pourrait toujours parfaitement rester en vie. En revanche, si l'ustensile, c'est-à-dire le corps, devait recevoir une lumière plus intense que celle qu'il est capable de supporter, il en viendrait nécessairement à «  se briser ».

 

On peut retrouver ces considérations à travers l'enseignement des Sages (Pirké Avot 3,9) : « Celui chez qui les actes sont plus importants que la sagesse, verra sa sagesse perdurer ; et celui chez qui la sagesse est plus importante que les actes ne verra pas sa sagesse perdurer ». On rapporte au sujet de cette michna que l'on posa un jour à Rabbi 'Haïm de Brisk zatsal la question suivante : supposons que l'on souhaite estimer la valeur de deux hommes ; le premier aurait cinq mesures de bonnes actions, et seulement trois mesures de sagesse ; selon les affirmations de la michna, il verrait donc sa sagesse perdurer. Le second homme en revanche serait doté de dix mesures de bonnes actions, et de vingt mesures de sagesse - comment concevoir que ce dernier soit inférieur au premier, simplement du fait que ses actes sont inférieurs à sa sagesse ? Rabbi 'Haïm répondit qu'effectivement, le second est nettement inférieur au premier, car en vertu de sa sagesse, son devoir d'accomplir des actions s'en trouve décuplé !

 

La Destruction du Temple de Jérusalem, par Francesco Hayez - 1867 La sagesse de l'homme est sa lumière, et ses actions façonnent son corps. Si la sagesse d'un homme est à supérieure à ses actions - si la lumière dépasse les capacités de l’ustensile - elle ne pourra perdurer et une « brisure » s’ensuivra nécessairement.

C'est exactement ce qu'expliqua le prophète Jérémie au philosophe : du temps où le Temple existait, les lumières spirituelles qui brillaient dans le monde étaient prodigieuses. Le Temple était lui-même une source d'éclat et de sagesse qui se reflétait sur le monde entier. La sagesse inondait le monde, la sainteté était dense, la proximité à Dieu palpable. Mais le peuple d'Israël en cette génération n'était pas apte à recevoir toutes ses extraordinaires lumières, car par leurs actes, ils corrompirent leur propre matière, ce réceptacle à la lumière. Ils sombrèrent dans les pires déchéances, commettant incestes, meurtres, idolâtrie et haine gratuite : ils dénaturèrent l'aspect authentique du Juif. Et singulièrement, ces mêmes hommes vivaient dans une formidable atmosphère de sainteté - il suffisait à toute personne qui fautait de se rendre au Temple et d'y approcher un sacrifice, ou encore à Yom Kippour, le fil de laine devenait blanc et toutes les fautes étaient pardonnées !

 

Cette situation ne pouvait perdurer - une cassure devait inévitablement survenir. Les ustensiles n'étaient plus à la hauteur de la lumière qui les éclairait, et ils devaient nécessairement se rompre ; autrement dit, le peuple juif méritait l'anéantissement, que Dieu préserve...

 

C'est ici que fut ressentie l’infinie Miséricorde divine. Car au lieu de briser les réceptacles, le Saint béni soit-Il diminua l'intensité de la lumière ! Il détruisit le Temple, et sauva de la sorte Son peuple de l'extinction. Au même moment où la douleur de la destruction du Temple se fit ressentir, on éprouva également « une grande allégresse » ! Car par son infinie bonté, le Saint béni soit-Il sauva le peuple juif de la destruction en abattant Sa colère sur les pierres et les bois du Temple.

 

Mais cette délivrance eut un prix cher à payer : celui de la perte de toutes les lumières du Temple, une baisse considérable de l’influence spirituelle en ce monde et une diminution de la sainteté – la cause de notre deuil et de notre affliction jusqu’à aujourd’hui.

C’est en ce sens que la Méguilat Eikha appelle le jour de Ticha béAv un « moëd », c'est-à-dire un jour de « rencontre » avec Dieu, ce jour où par une diminution de l’échelle spirituelle, nous avons mérité de retrouver Dieu parmi nous.

 

Extrait d’un discours de Rav Chimchon David Pinkus zatsal, adapté par Y. Bendennoune (Hamodia, 06.08.08)

Par Rav Chimchon D. Pinkus
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